S’abandonner sans abandonner

« S’abandonner à la volonté divine est magnifique. Je ne peux imaginer une intention plus pure ou plus puissante. Notre perspective humaine est limitée, et on ne sait pas toujours ce qui est le mieux pour nous, n’est-ce pas? Et à trop se concentrer sur un objectif précis, on peut empêcher quelque chose d’encore mieux d’entrer. Toute cette tension qui nous habite quand on veut trop empêche la vie, la magie, de circuler.

Cela dit, voici ce qu’on tend à oublier : l’intelligence universelle vit en nous autant qu’on vit en elle. Elle n’est pas quelque part dans les étoiles, séparée de nous. Effectivement, notre perspective humaine est limitée, très limitée… Mais même si on n’a pas la vue d’ensemble dans notre tête, on peut toujours savoir, à un niveau plus profond, ce qu’on est appelé à faire à chaque instant. Et oui, certains de nos désirs humains sont déconnectés de ces élans… mais plusieurs leur correspondent exactement.

C’est drôle, car on parle de s’abandonner au divin comme si ce dernier nous demandait systématiquement d’être passifs et mollasses. Bien sûr, il y a certainement des moments où la vie nous invite, à travers notre intuition, à nous retirer un peu, à accepter de rester dans le mystère et dans le flou un petit moment. Ça ne nous enchante pas, mais on le sent quand c’est le cas. Cela dit, il y a des moments où la même intelligence universelle nous demande de prendre position et d’affirmer fermement notre intention, sans la politesse d’une hésitation. Et lorsque c’est le cas, «s’abandonner» ne veut pas dire se ramollir, mais au contraire faire confiance en la sagesse qui nous habite et canaliser dans cette direction toute notre puissance humaine, tout notre amour, toute notre vitalité.

Est-ce l’un de ces moments pour vous?

On pense que «laisser la vie décider pour nous» est spirituel, un acte d’humilité. Mais souvent, ce qui nous amène à subir et à affirmer nos préférences sans grande conviction n’est pas une foi sincère ou un réel lâcher-prise, mais la partie de nous qui ne se sent pas digne de ce qu’on désire. Ou la partie de nous qui se sent perdue sans la familiarité de la souffrance. Ou celle qui se sent toute petite, sans pouvoir, et qui attend la permission d’une autorité quelconque («Dieu» ou l’«Univers») pour se donner droit à ce qui la fait vibrer.

Donner son pouvoir au monde extérieur n’a rien à voir avec donner son pouvoir au divin. Et subir n’a rien à voir avec lâcher prise. Avec ce mode de pensée, il y aurait encore une section réservée aux personnes de couleur à l’arrière des autobus et les femmes n’auraient toujours pas le droit de voter.

On regarde généralement l’Univers comme quelque chose de beau et de grand, bien au-dessus de nous (ce qui est totalement compréhensible, avec un nom comme «Univers»!). Or, le fait est qu’on est sur un pied d’égalité. On se croit tout petit, mais en réalité, le divin a autant besoin de nous qu’on a besoin de lui. Et pendant qu’on attend qu’il fasse un pas vers nous, il attend qu’on fasse un pas vers lui.

Êtes-vous là pour lui?

Je ne sais pas si vous avez besoin de ce rappel aujourd’hui, mais juste au cas où, le voici : vous avez le droit de vous affirmer. Vous avez le droit de décider. Vous avez le droit d’avoir une place. Vous avez le droit de participer. Non seulement avez-vous votre mot à dire, mais l’Univers entier attend amoureusement que vous le disiez.

Jouer pleinement le jeu de la vie fait peur, certainement. Car si on commence à vraiment participer et à diriger notre énergie dans une direction qu’on a profondément choisie, on pourrait être déçu. Si on prend le gouvernail, on pourrait découvrir plus tard qu’on s’est trompé. Être en retrait est donc tentant… les enjeux semblent moins grands. Mais si on y pense, c’est un peu comme choisir d’être déçu en permanence pour s’assurer de ne jamais l’être plus tard. Évidemment, si on choisit de se cacher derrière un état de faiblesse, on est à l’abri et en «sécurité»… mais oups, cela veut également dire qu’on est pris dans la faiblesse, dans une fausse identité.

Peut-être êtes-vous dans une phase où votre élan profond est de vous distancer de toute intention, juste de relaxer et d’apprendre à accueillir l’instant présent tel qu’il est (quoi que cela est une puissante intention en soi, à bien y penser…). Mais s’il y a une nouvelle réalité qui veut naître à travers vous présentement, peut-être le moment est-il venu de vous offrir complètement à elle, de lui dire oui avec tonus et avec toute votre vigueur. Oh, vous ne serez pas «tendu» et vous ne vous fermerez pas ainsi à la possibilité de recevoir quelque chose d’autre de mieux. Cette idée qu’on doit choisir entre être déterminé et détendu est ancrée dans une fausse dichotomie. Lorsqu’on est pleinement en notre pouvoir, on est comme une lame bien aiguisée; il y a peu de friction et même si on travaille très fort, on n’a jamais la sensation de s’acharner. C’est lorsqu’on laisse le doute prendre le dessus que la tension nous habite, parce qu’on doit pousser constamment contre la force de notre propre hésitation.

C’est donc ce que je vous propose, si vous le voulez bien. De vous tenir debout pour vous-même, finalement, les deux pieds sur terre et le dos bien droit. Si vous en avez envie, peut-être pouvez-vous même écrire une pétition à la vie, vous aussi? Pour commencer, écrivez votre intention, et votre «plaidoyer». Non pas comme un enfant qui demande un bonbon, mais comme un capitaine de bateau qui navigue en des eaux incertaines et qui choisit malgré tout où il veut aller. Puis imaginez toutes les personnes qui la signeraient. Non, encore mieux : signez-la vous-même. Et signez-la encore et encore, avec votre cœur, chaque fois que vous doutez de votre grandeur, chaque fois que vous avez le sentiment de ne pas avoir votre mot à dire. Signez-la par vos pensées, par vos actions, jusqu’à ce que votre vision vous habite tellement que la pétition commence à vous sembler superflue. Oh, je ne serais vraiment, mais vraiment pas étonnée, d’ailleurs, qu’elle le devienne rapidement. »

Extrait du Matin Magique « S’abandonner sans abandonner » de Marie-Pierre Charon

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