Le toucher

« Chaque être humain goûte différemment et de façon singulière l’universel. Nous avons chacun notre signature, notre particularité, nos empreintes digitales du cœur. Le toucher, entre autre, nous permet d’exprimer en profondeur ce que nous avons d’unique en nous. Instantanément.

Deux touchers ne seront jamais semblables. Nous y apportons l’ensemble de nos expériences et le reflet de cette fabuleuse mémoire qui nous habite. Nos mains n’ont pas la même histoire, pas la même pulsation et ce corps que nous sommes n’est pas tout à fait du même argile que celui du voisin. Si nous sommes issus de la même terre, nés entre les mains du même potier pour les croyants, un détail, toujours, nous prouvera que nous n’avons pas été travaillé de la même manière, qu’un ingrédient unique, secret et sacré a été ajouté pour pétrir chaque corps. A la fois nos corps se ressemblent et ne se ressemblent pas. Si nos personnalités sont proches, elles sont aussi très éloignées. Les apparences sont trompeuses.

Il n’y a pas la vérité, mais la vérité de chacun.

Nos mains, pleines de ce grand mystère, peuvent à leur tout prendre soin de ces sculptures malléables que sont nos corps, en réactualisant la sensation de leur origine, pétrissant, effleurant, caressant, rassurant nos secrets d’humains enfouis dans nos chairs. Partir de soi vers l’autre. Partir du connu pour le méconnu. Partir de ce que l’on sait pour ce que l’on ne sait pas, que l’on ne sait plus. Nos mains sont capables de ce voyage vers l’essentiel, de s’ouvrir à ce possible qu’est l’Autre. Ne rien emporter, apprendre le dépouillement.

Pour cela, nous avons à alphabétiser nos mains, leur apprendre le langage des gestes, des signes. Nous sommes des malentendants lorsqu’il s’agit du corps. Apprenons le regard et le geste qui ne jugent pas, qui n’enferment pas, qui aident et encouragent chacun à se reconnecter à son maître intérieur. Retrouvons, tentons ou développons l’humilité, l’effacement, le détachement, l’abandon, la non-attente afin de laisser à l’autre la liberté dont il est trop souvent privé. Passer de l’intérêt personnel à l’intérêt de l’Autre, à la solidarité.

Le toucher est une chance de nous amener à une conscience intérieure.

Le toucher est un rendez-vous du cœur, pas de la tête. »

Extrait de : « Le toucher, un art de la relation » de Christian Hiéronimus

Les commentaires sont clos.