Le corps et l’être essentiel

« Dès que l’on parle de méditation en tant qu’exercice, on va se rendre compte qu’elle ne se fait pas dans la tête mais elle concerne l’homme entier. Pour cette prise de conscience de l’homme entier, il faut prendre conscience du corps. Et la transformation que cherche la méditation concerne la corps tout autant que l’esprit humain.

Revenons encore une fois à cette relation primaire entre l’Être essentiel et le moi existentiel. Le problème qui se pose à l’homme actuel est de devenir perméable afin de se laisser toucher par ce noyau essentiel. Le problème qui se pose à l’homme actuel est d’être capable d’expérimenter son Être essentiel et d’être capable de le manifester dans sa vie quotidienne. Il s’agit d’un travail de transformation, d’une métamorphose, d’un changement de l’attitude de l’homme, en tant qu’instrument de la manifestation de ce qui est plus qu’humain. Là se pose immédiatement le problème théologique : qu’est-ce qu’une expérience naturelle a à faire avec le surnaturel ? […]

En occident, est reconnu l’homme qui a ses cinq sens, qui a sa conscience naturelle, qui développe avec le rationnel une certaine perception des valeurs du bien, du bon, du beau et du vrai. Et ce qui dépasse l’horizon naturel et rationnel appartient à la religion, à la foi, et est du domaine de l’administration de l’Eglise parce que ça dépasse l’homme !

L’Orient dit au contraire que l’homme naturel est celui qui est ouvert à cette autre conscience et que nous tous sommes des hommes déformés. L’autre jour, je demande à un maître zen : « Qu’est-ce que l’état de satori ? »Et voilà qu’il me répond : « Le satori, mais c’est l’état naturel de l’homme ! » L’état de satori, c’est donc l’homme tel qu’il est conçu, et l’enfermement dans la seule conscience objectivante est une déviation de cet état naturel. Chaque méditation permet d’en sortir homme plus naturel, plus authentique, plus vrai. La méditation a donc pour sens de retrouver cet homme primaire que nous sommes. »

Extrait de : « Le centre de l’être » de Karlfried Graf Dürckheim

Les commentaires sont clos.